En 1984, 18 États boycottent les Jeux de Los Angeles, considérant que la sécurité des athlètes n’est pas assurée. Ainsi, la Russie, la Pologne, la RDA, le monde communiste à quelques exceptions, est absent. L’attitude correspond à une réponse au précédent boycott des Jeux de Moscou qui se maintient dans la mémoire collective, vengeance pour les Jeux gâchés de 1980.
Un « contre-boycott » qui tient surtout du désir de revanche.
À la suite du boycott de 1980 la tension internationale s’est accrue et l’administration Reagan ne favorise pas des concessions à la Russie. Ayant assumé le précédent boycott, des voix s’élèvent pour demander au CIO d’empêcher la participation soviétique. Les activistes de tous bords cherchent à provoquer la Russie et la destruction en vol d’un vol de la Korean Airlines au dessus du territoire soviétique, un an à peine avant l’ouverture des Jeux de Los Angeles va convaincre les deux bords de précipiter le conflit. Du côté russe la décision de boycotter les jeux est prise en avril 1984 et va entraîner la solidarité des pays du bloc communiste.
Dix-sept pays refusent de rejoindre Los Angeles dans un climat qui tient plus de la guerre froide que de la politique de détente dont on espère tant. Mais un nouveau record de participation va donner à ces Jeux un dynamisme initial, accueillant 142 nations. La Roumanie de Ceausescu décide de faire le voyage, s’alliant les bonnes grâces et les financements généreux du mouvement olympique et des États-Unis, montrant ainsi sa volonté de se distancier du « grand frère russe »[1].
Malgré cette décision de boycott qui modifie certaines compétitions en empêchant les Russes, les Allemands de l’Est, les Cubains ou les Polonais de prouver leur supériorité, ces Jeux connaissent une écrasante domination américaine sur le plan sportif, parfois désagréable, mais la bataille médiatique reste maitrisée.
• Plusieurs composantes font du boycott soviétique un échec.
- La Russie reste empêtrée dans le conflit afghan et la destruction du vol de la Korean Airlines n’améliore pas la perception des opinions publiques et des médias. Elle ne bénéficie plus de l’image triomphante et révolutionnaire. Ces dirigeants sont vieillissants, enfermés dans un pays dont les oppositions réprimées conduisent à des démonstrations de solidarité accrues. Le mouvement de révision du communisme, de Soljenitsyne aux Nouveaux Philosophes en France marque la fin de la supériorité de l’image de la Russie dans la jeunesse ou parmi les artistes et les intellectuels. Privée de ses soutiens historiques, elle ne peut compter que sur des militants « purs et durs » minoritaires. Son boycott ne se transforme pas en victoire politique.
- La Russie reste enfermée sur elle-même, contrôlant ses médias, surveillant les journalistes étrangers. À l’inverse, les États-Unis disposent des chaînes de télévision les plus importantes au monde, des agences de presse et de photos les plus réputées. Elle contrôle l’information de manière moins répressive mais avec un talent certain. Au nom de la neutralité, de l’objectivité et du respect de l’information, le feu nourri des médias contre la Russie marque des points. La Russie ne gagne pas la bataille de l’opinion publique parce que son action n’a pas été comprise. Le discours international est moins pertinent, difficile à justifier.
L’histoire retient surtout de cette décision un inutile « contre boycott », une mauvaise revanche prise sur les actions menées contre la Russie quatre ans plus tôt.










